“AI résistance” : réflexe sain ou retard coupable ?
On nous répète que “résister à l’IA, c’est se condamner à être dépassé”. On peut aussi soutenir l’idée inverse : l’acceptation sans réserve est peut‑être ce qu’il y a de plus dangereux.
On nous répète que “résister à l’IA, c’est se condamner à être dépassé”. On peut aussi soutenir l’idée inverse : l’acceptation sans réserve est peut‑être ce qu’il y a de plus dangereux.
Depuis trois ans, l’IA générative s’installe partout, à grande vitesse.
Dans les slides, tout est simple : plus d’IA = plus de performance, plus de compétitivité, plus de productivité.
Sur le terrain, c’est autre chose : injonctions, pression, discours d’“inévitabilité” et sentiment diffus de ne pas vraiment avoir été consulté.
On ne parle pas ici d’un nouvel Excel ou d’un Word plus malin.
On parle d’un changement de paradigme :
L’IA ne relève donc pas seulement de la conduite du changement ou de la mise à niveau des compétences : elle s’inscrit pleinement dans ce que les didacticiens appellent une question socialement vive (QSV).
C’est‑à‑dire une question qui fait controverse dans la société, dans les savoirs d’experts, et dans les espaces de formation eux‑mêmes.
Je reviendrai plus en détail sur ce concept de QSV – et sur ce qu’il change pour le L&D et les organisations – dans un prochain article.
Aujourd’hui, l’adoption de l’IA au travail est souvent portée par trois registres :
Tout cela n’est pas faux… mais c’est très incomplet.
Ce qui est rarement nommé, c’est :
Ce n’est pas un complot. C’est un embrigadement doux : une combinaison de narratifs, d’indicateurs, d’outils déployés en masse et de culture de la performance qui rend très difficile, symboliquement, de dire “non”, “pas comme ça” ou simplement “pas tout, pas partout, pas tout de suite”.
Quelques ordres de grandeur sur l’“AI resistance”
L’usage de l’IA reste donc à la fois concentré (dans les grandes entreprises) et controversé (forte résistance côté salariés), loin du récit d’une adoption fluide et unanime.
Quand une société pousse trop fort dans un sens, elle finit toujours par produire ses propres forces de rappel.
L’industrialisation a produit le droit du travail.
La société de consommation a produit les mouvements écologistes.
La course à la productivité a produit les réflexions sur la qualité de vie au travail.
Pourquoi en serait-il autrement avec l’IA ?
Refuser certains usages, ralentir, poser des conditions, demander des garanties, réclamer des espaces sans IA :
On peut parfaitement reconnaître le potentiel de l’IA tout en refusant son déploiement brutal, sans débat, dans tous les interstices de nos métiers.
On peut être pro-apprentissage, pro-innovation, et hostile à l’idée que tout doive être médié par une machine, tout le temps.
On sous-estime à quel point le problème n’est pas seulement “pour ou contre l’IA”, mais “quels espaces voulons-nous préserver hors IA”.
Si l’IA devient :
alors nous aurons d’autant plus besoin de :
Comme toute nouveauté puissante, l’IA est probablement sur-employée aujourd’hui.
Par facilité, par curiosité, par FOMO.
Le discernement viendra aussi par la capacité à dire : “ici, elle a du sens”, et “là, non, je veux que ce soit un espace humain, non augmenté”.
Si vous lisez ce post, vous êtes probablement dans cette catégorie des “knowledge workers” : consultants, formateurs, managers, créateurs, experts, chercheurs, etc.
Nous sommes, volontairement ou non, des multiplicateurs de pratiques.
Ce que nous acceptons, banalisons, relayons, devient vite la norme.
Nous avons, à ce titre, une responsabilité particulière :
Je ne suis ni pour ni contre l’IA “en bloc”.
Je suis pour une écologie du travail et de l’apprentissage où l’IA est un médiateur parmi d’autres, et où l’humain garde :
Résister, aujourd’hui, ce n’est peut‑être pas tourner le dos à l’avenir.
C’est refuser de déléguer notre futur à des infrastructures et à des imaginaires qui se déploient sans nous, sur notre dos, au nom de notre performance.
#AIResistance
#AdoptionIA
#FutureOfWork
#QuestionsSocialementVives
#LearningAndDevelopment
#EthiqueDuNumerique
Sources
Je conçois des écosystèmes apprenants pour les équipes L&D et les organismes de formation. Fondateur d’ATAWAK et auteur de « aiaiaiaiai ! – Apprendre et partager le savoir dans un monde liquide ». Maître de conférences associé à l’Université Sorbonne Nouvelle – UFR Sciences de l’information et de la communication.
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