Le tourisme technologique consiste à se promener dans les nouveautés, liker des démos, ouvrir quelques onglets sur la dernière IA vidéo, puis passer rapidement à autre chose.

La veille relève d’un autre registre. C’est un travail exigeant, répétitif, structuré, orienté par un objectif clair et par un impact mesurable sur la façon dont on conçoit, vend et délivre de la formation.

La veille se reconnaît aux arbitrages qu’elle permet, pas aux captures d’écran qu’elle produit.

Dans le L&D, le tourisme technologique produit surtout des collections d’outils. On empile les noms de plateformes dans les propositions commerciales, on alimente un discours state of the art qui rassure un temps, mais on finit par laisser les roadmaps des vendeurs définir l’agenda pédagogique.

La veille commence lorsque l’on inverse ce rapport de force : on part des situations de travail, des compétences à faire émerger, des frictions terrain et des contraintes réelles. Ensuite seulement, on laisse entrer quelques signaux technologiques dans le cadre, à condition qu’ils répondent à ces contraintes.

Vu sous cet angle, un formateur ou un consultant n’a pas besoin de “tester toutes les IA”. Il a besoin d’identifier les endroits précis où la technologie change réellement sa façon de travailler.

Lorsqu’une mise à jour d’outil réduit concrètement le temps de production d’un module, lorsqu’une nouvelle API permet d’intégrer des données de performance dans un parcours, lorsqu’une fonctionnalité d’agent rend possible un suivi que personne n’avait les moyens humains d’assurer auparavant, on est dans la veille.

Le reste, c’est-à-dire les effets wahou sans conséquence sur le design, l’usage ou le modèle économique, relève encore du tourisme.

C’est une question de souveraineté cognitive.

Si votre pratique de la veille se réduit à suivre le flux marketing des éditeurs, vous basculez progressivement dans un mode où leurs intérêts structurent votre attention, vos priorités et votre temps.

Concevoir votre veille comme un système, avec des sources choisies, des critères d’entrée, des rituels de tri et une façon de capitaliser, c’est reprendre la main sur ce que vous regardez, sur ce que vous ignorez et sur la manière dont vous utilisez la technologie pour fabriquer de l’apprentissage plutôt que du bruit.

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