Ce lundi, difficile de ne pas rendre hommage à Edgar Morin.

Comment ne pas remercier celui qui m’a autant construit ?

Celles et ceux qui me connaissent le savent : Morin avait tout pour devenir mon phare.
Sa défiance du monde binaire.
Son obsession de la complexité.
Son éclectisme.
Sa soif de savoir rabelaisienne.
Son humanité.

Au‑delà, j’admirais son indiscipline.
Morin n’était pas seulement interdisciplinaire, il était indiscipliné.
Il traversait les champs, ignorait les frontières académiques, refusait la doxa, les évidences, les autoroutes.
Il n’acceptait rien comme acquis.

J’ai lu et relu ses ouvrages : La MéthodeLa tête bien faiteIntroduction à la pensée complexeEnseigner à vivreVers l’abîmeOù va le monde
J’ai tellement annoté, surligné, repris certains exemplaires qu’ils en sont devenus illisibles.
J’ai dû les racheter.

Morin, c’est aussi un souvenir plus personnel.
Il a participé à un projet de classe avec mon père.
Pour lui, c’était devenu « mon pote Morin ».
Une aventure intellectuelle intense, que j’observais de loin.

Mon père se définissait lui‑même comme l’un des derniers dinosaures de son époque : un monstre de savoir, curieux de tout, quelque part déjà en décalage avec son temps.
Un honnête homme.

Aujourd’hui, c’est un autre « dinosaure » qui disparaît.
Un repère.
Un père intellectuel.

Merci à lui pour ce qu’il m’a donné.

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