L&D, be trendy #2622
Les 7 tendances de fond qui redessinent le L&D
Les 7 tendances de fond qui redessinent le L&D
En mai 2026, pendant que l'IA agentique fait les gros titres, c'est une autre menace qui s'installe en silence dans les organisations : la fragilisation cognitive des apprenants eux-mêmes. Les outils sont là, les licences sont distribuées, les tableaux de bord affichent du vert. Et pourtant, la compétence réelle, elle, recule. Never-skilling, paresse métacognitive, deuxième fracture numérique : la recherche publie en ce moment des données qui devraient faire froid dans le dos à tout responsable formation. En contrepoint, d'autres signaux ouvrent des pistes solides : vacciner cognitivement plutôt qu'informer, réintroduire le corps comme variable pédagogique, concevoir des mondes apprenants plutôt que des modules. Voici 7 tendances de mai à intégrer dans vos réflexions si vous voulez que votre L&D reste une infrastructure de compétences réelles et non un générateur de performance factice : moins d'outils, plus d'architecture ; moins de fluidité, plus de friction choisie ; moins de contenu, plus de souveraineté cognitive.
Le signal. Une perspective publiée dans Nature Medicine le 22 mai 2026 par une équipe de Harvard introduit un concept qui va marquer le secteur : le never-skilling. Des étudiants en médecine qui utilisent l'IA dès le début de leur formation ne développent jamais les raisonnements fondamentaux nécessaires à une pratique autonome. Ils ne perdent pas une compétence qu'ils avaient, ils ne l'acquièrent tout simplement jamais. Le concept complète la trilogie des transformations de compétences sous l'IA : deskilling (perdre ce que l'on savait), upskilling (développer de nouvelles capacités) et, désormais, never-skilling (ne jamais construire les fondations).
Pourquoi c'est important. C'est un changement de paradigme total pour les concepteurs. Tant que l'IA intervenait sur des apprenants déjà formés, on pouvait parler de risque de deskilling. Dès qu'elle entre dans les parcours d'initiation (nouveaux entrants, personnes en reconversion, experts qui basculent sur un nouveau domaine), elle peut court-circuiter la construction des fondations neurales que seule la difficulté permet d'ériger. Pour le L&D, cela pose une question pratique et urgente : à quel moment du parcours l'IA a-t-elle le droit d'entrer ? Quels espaces "sans IA" doit-on délibérément préserver, non pas par refus idéologique, mais par design cognitif responsable ?
Le prisme ATAWAK. Chez ATAWAK, nous considérons que l'IA doit fonctionner comme une orthèse (elle muscle la pensée) et non comme une prothèse (elle la remplace). Le never-skilling est précisément le risque de la prothèse trop précoce. Dans nos dispositifs, nous concevons des seuils d'entrée IA : l'apprenant doit d'abord démontrer une compétence fondamentale avant de bénéficier de l'assistance algorithmique. Ce n'est pas un retard pédagogique, c'est une architecture de souveraineté cognitive. Un Tawaki (nos agents d'apprentissage) n'intervient pas pour faire à la place : il intervient pour relancer, questionner, provoquer la pensée. Jamais pour la substituer.
Le signal. Le rapport OECD Digital Education Outlook 2026 (janvier 2026) documente un phénomène mesuré sur plus de 1 000 apprenants : utilisée sans intention pédagogique explicite, l'IA générative produit de la metacognitive laziness, une amélioration des performances immédiates couplée à une dépendance structurelle à l'outil. Le chiffre est brutal : les résultats des apprenants chutent de 17% dès que l'IA est retirée (examen, mise en situation réelle, évaluation certifiante). Ils performent avec l'IA. Ils ne maîtrisent pas sans elle.
Pourquoi c'est important. C'est un signal de performance factice, exactement ce que redoutent les responsables formation lorsqu'ils doivent justifier leurs dispositifs en CODIR ou face à un auditeur Qualiopi. Les indicateurs de complétion, les taux de réussite aux quiz intégrés, les scores d'engagement... tous ces chiffres peuvent afficher du vert pendant que la compétence réelle s'effrite. La question n'est plus "est-ce que l'apprenant a complété le parcours ?" mais "est-ce que l'apprenant peut encore opérer sans l'outil ?"
Le prisme ATAWAK. Cette "paresse métacognitive" est l'envers exact de ce que nous cherchons à cultiver : la reliance à soi (Marcel Bolle de Bal), la capacité de l'individu à construire sa cohérence interne et à articuler ses expériences d'apprentissage en un parcours personnel signifiant. Un apprenant cognitivement paresseux n'a pas de reliance à soi : il a une béquille algorithmique. Dans notre approche O-C-D-R, la phase Renforcer est précisément celle qui teste la robustesse sans filet, des mises en situation où l'apprenant doit mobiliser seul ce qu'il a construit. Ce n'est pas de la méchanceté pédagogique. C'est la condition du transfert.
Le signal. Des chercheurs de Cambridge et de l'Université Erasmus de Rotterdam ont publié dans Nature (mars 2026) les résultats d'une étude conduite dans 12 pays européens : exposer les individus à de petites doses calibrées de désinformation (en leur expliquant les mécanismes de manipulation) les "immunise" contre les tentatives futures. C'est la prebunking theory, ou inoculation psychologique. En mai 2026, la technique est testée dans des écoles britanniques spécifiquement contre les hallucinations de l'IA générative.
Pourquoi c'est important. C'est un outil pédagogique fascinant et radicalement contre-intuitif. Pour former à la pensée critique face à l'IA, il ne sert à rien de donner des consignes théoriques ("vérifiez vos sources", "méfiez-vous des hallucinations"). Ce qui fonctionne, c'est de concevoir des exercices d'exposition contrôlée : des séquences où l'apprenant est délibérément mis face à des erreurs subtiles générées par la machine, qu'il doit détecter, analyser, déconstruire. Ce n'est plus du contenu sur la vigilance, c'est de l'ingénierie d'immunité cognitive. Direct et transférable en entreprise, dès maintenant.
Le prisme ATAWAK. Nous appelons cela le design de la friction générative : créer volontairement des zones de résistance productives dans les parcours. La vaccination cognitive en est une forme raffinée. La difficulté n'est pas aléatoire, elle est calibrée pour construire une compétence de détection. Un Tawaki conçu comme "agent provocateur" (celui qui soumet délibérément des réponses partiellement fausses pour stimuler la vérification) est exactement ce type d'outil. Le petit Tawaki rouge que personne ne comprend tout à fait... mais qui fait cogiter.
Le signal. Une étude publiée dans Nature Communications (novembre 2025) par des chercheurs de Cambridge analyse les données IRM de 3 802 individus de la naissance à 90 ans. Résultat : le cerveau traverse cinq phases majeures de reconfiguration structurelle avec des points de bascule autour de 9, 32, 66 et 83 ans. La modularité cérébrale, la vitesse de traitement et l'efficience synaptique varient radicalement selon ces phases. Ce ne sont pas de simples inflexions, ce sont des restructurations en profondeur qui modifient fondamentalement la manière dont un individu apprend, consolide et transfère.
Pourquoi c'est important. La formation professionnelle adulte a toujours fonctionné avec deux catégories pauvres : "juniors" et "seniors". Ce signal prouve par la neuroscience que l'architecture cognitive d'un collaborateur de 30 ans n'est pas celle d'un collaborateur de 50 ans, et qu'une conception pédagogique qui ignore cette réalité perd en efficacité structurelle. Pour les designers pédagogiques, c'est un argument scientifique en or pour sortir des formats uniformes et commencer à parler de design cognitif développemental : adapter non seulement le contenu, mais la charge, le rythme et le format d'ancrage selon la phase neurologique de l'apprenant.
Le prisme ATAWAK. C'est une illustration directe de la thèse centrale d'aiaiaiaiai : l'intelligence collective ne peut pas être orchestrée de façon uniforme, elle doit tenir compte de la diversité des configurations cognitives à un instant T. Le modèle O-C-D-R n'a pas le même opérateur pour un collaborateur de 30 ans en phase de forte plasticité et un expert de 55 ans en phase d'optimisation des réseaux établis. La reliance à soi de Bolle de Bal passe aussi par la conscience de sa propre architecture cognitive. C'est au designer pédagogique de rendre cela visible, pas à l'apprenant de le deviner.
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Le signal. Une étude publiée dans Frontiers in Psychology (janvier 2026, 122 participants) démontre que dans les expériences de réalité augmentée, c'est le degré d'incarnation corporelle (et non la technologie elle-même) qui détermine les résultats d'apprentissage. Une haute incarnation (engagement du corps dans l'espace, manipulation physique, déplacement réel) produit une meilleure rétention, un meilleur transfert et une charge cognitive significativement plus faible. Parallèlement, la Seconde Conférence Internationale sur l'Éducation Incarnée se tient à l'Université d'Aarhus en juin 2026, signal que l'embodied education se structure comme champ de recherche autonome.
Pourquoi c'est important. La VR et l'AR en entreprise ont souvent échoué parce qu'elles étaient conçues comme des écrans collés sur les yeux, sans réflexion sur l'engagement corporel. Ce signal dit quelque chose de plus large : le corps est une variable pédagogique. Les formations qui se vivent debout, en mouvement, en manipulation, en situation spatiale réelle ne sont pas moins sérieuses que celles assises derrière un écran. Pour certains types d'apprentissages, elles sont neurologiquement plus efficaces. Le concept va bien au-delà de la VR : il touche la conception des salles, la nature des activités, le design des simulations et l'architecture des ateliers.
Le prisme ATAWAK. Henry David Thoreau écrivait en 1851 : "Je ne peux préserver ma santé et mon moral sans passer au moins quatre heures par jour à marcher dans les bois." Ce n'était pas de la poésie bucolique. C'était une théorie de la connaissance : la pensée naît du pas, elle est inséparable du corps en mouvement dans l'espace. L'étude de Frontiers in Psychology lui donne aujourd'hui raison par la mesure. Dans nos dispositifs, nous pensons l'espace d'apprentissage comme un milieu actif : ce qui se passe dans la salle, dans le corps, dans le déplacement fait partie de l'ingénierie pédagogique au même titre que le contenu. Ce n'est pas un hasard si les "classes dehors", documentées en France depuis 2020, montrent des effets mesurés sur l'attention et la mémorisation, y compris chez les adultes. Le corps n'est pas le support de l'apprentissage. Il en est un opérateur.
Le signal
Les 18 et 19 juin 2026 à Mainz, la première édition européenne de la Serious Play Conference rassemble plus de 100 speakers de six continents autour d'une question centrale : comment le jeu, la simulation et l'expérience immersive créent-ils de l'apprentissage réel dans les organisations ? Santé, patrimoine, formation corporate, éducation : le programme couvre l'ensemble du spectre. C'est un signal de structuration d'une communauté de pratiques européenne autour du "jeu sérieux".
Pourquoi c'est important. Ce signal mérite d'être lu avec discernement. Il y a deux façons très différentes d'envisager le jeu en formation. La première, dominante, c'est la gamification : appliquer des mécaniques de jeu (points, badges, leaderboards, défis chronométrés) à des contenus existants pour augmenter l'engagement. Ça fonctionne à court terme. Et ça dérive facilement vers la manipulation de l'attention plutôt que le développement de la compétence. La seconde, beaucoup plus rare et plus puissante, consiste à concevoir non pas un dispositif avec des règles de jeu, mais un milieu dans lequel l'apprenance devient une disposition naturelle. Ce n'est pas la même anthropologie. L'enjeu pour le secteur L&D est de savoir de quel côté Serious Play Europe va pencher.
Le prisme ATAWAK. Chez ATAWAK, nous faisons une distinction nette entre ces deux logiques. La gamification habille un dispositif. Le Learning Lore constitue un milieu. Au sens de la mésologie d'Augustin Berque, un milieu n'est pas un décor dans lequel on évolue : c'est un espace relationnel qui nous constitue autant qu'on le constitue. On n'entre pas dans un milieu pour gagner, on l'habite. Le désir d'apprendre n'y est pas stimulé par une récompense externe. Il émerge de l'appartenance, du sens, de la cohérence sensible de l'environnement. Ce que Serious Play peut apporter de vraiment précieux au L&D, ce n'est pas la mécanique du jeu. C'est la pensée du milieu habitable.
Le signal. Le rapport OECD Digital Education Outlook 2026 (janvier 2026) documente ce que les chercheurs appellent la second digital divide : la fracture ne se situe plus sur l'accès aux outils IA (la majorité des organisations en ont désormais), mais sur l'intention et la qualité d'usage. Dans les environnements bien accompagnés pédagogiquement, l'IA agit comme tuteur, coach, partenaire de réflexion. Dans les environnements sans ingénierie pédagogique, elle devient un raccourci cognitif qui creuse les inégalités de compétences, en silence.
Pourquoi c'est important. Ce signal responsabilise directement les directions formation. Distribuer des licences Copilot ou ChatGPT à tous les collaborateurs sans accompagnement pédagogique ne démocratise pas la compétence : cela creuse secrètement les inégalités internes. Les plus à l'aise avec les outils et les plus autonomes cognitivement utilisent l'IA pour aller plus loin. Les autres l'utilisent pour en faire moins. L'écart se creuse, invisiblement, à la vitesse d'un déploiement bien-intentionné mais mal conçu. L'ingénierie de formation doit se concentrer massivement sur le cadre d'usage et la littératie algorithmique, pas seulement sur les outils.
Le prisme ATAWAK. C'est le signal sociétal qui boucle cette newsletter et qui donne son sens politique à tous les précédents. La souveraineté cognitive algorithmique n'est pas un luxe réservé aux apprenants avancés. C'est un droit, et une responsabilité de conception. Chaque dispositif L&D est désormais un acteur de justice cognitive : soit il renforce la capacité des apprenants à penser avec l'IA sans se perdre en elle, soit il participe à la nouvelle fracture. Il n'y a pas de position neutre.
Sept signaux. Sept angles sur la même réalité : la valeur du L&D se déplace vers la qualité de la conception, pas vers la quantité des outils. Le designer pédagogique qui sait quand introduire l'IA, comment protéger les fondations, comment vacciner plutôt qu'informer, comment engager le corps autant que l'esprit, celui-là ne sera pas remplacé. Il deviendra indispensable.
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ATAWAK accompagne les équipes L&D, les organismes de formation et les consultants-formateurs indépendants pour valoriser et digitaliser leurs offres de formation : learning design, formations interactives, IA générative, production de contenus, agents d'apprentissage IA (Tawakis), média learning et écosystèmes apprenants, dans une démarche LIFOW.
Ces tendances sont au cœur de mon essai
"aiaiaiaiai ! Apprendre et partager les savoirs dans un monde liquide".
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