Géoblocage
L’accès depuis votre zone a été temporairement limité pour des raisons de sécurité.
Depuis quelques mois, ce message revient de plus en plus souvent dans mes navigations : “L’accès depuis votre zone a été temporairement limité pour des raisons de sécurité.”
On pourrait s’arrêter à la réponse réflexe : paramétrer un VPN, changer de pays, contourner le mur. Techniquement, le problème est “réglé”. Politiquement et pédagogiquement, il ne fait que commencer.
Car derrière ce type de blocage, ce n’est pas seulement le confort de veille d’un individu qui est en jeu. C’est la manière dont des frontières techniques, juridiques et économiques redessinent silencieusement l’accès au savoir. Quand le filtrage touche un média commercial, il raconte déjà quelque chose de notre dépendance à certains modèles publicitaires et à leurs arbitrages de conformité. Quand il touche un site éducatif public en .edu, il touche directement à la visibilité des politiques de connaissance d’un État : orientations stratégiques, programmes, choix de compétences à massifier ou non.
Pour les travailleurs du savoir, la question n’est plus seulement “comment continuer à accéder à telle ressource bloquée ?”. La question devient : quelle souveraineté cognitive reste‑t‑il à nos écosystèmes d’apprentissage si l’observation même des expériences éducatives d’autres territoires commence à dépendre de ces filtres invisibles ? Et que signifie “designer un dispositif de formation” dans un monde où les portes d’entrée vers le savoir se ferment ou s’ouvrent au gré de décisions prises ailleurs ?
Construire des communs de veille, multiplier les sources miroirs, documenter les cas de blocage : c’est aussi ça, aujourd’hui, faire de la pédagogie dans un monde de géoblocage. Plus que jamais, le savoir, c’est la résistance.
Je conçois des écosystèmes apprenants pour les équipes L&D et les organismes de formation. Fondateur d’ATAWAK et auteur de « aiaiaiaiai ! – Apprendre et partager le savoir dans un monde liquide ». Maître de conférences associé à l’Université Sorbonne Nouvelle – UFR Sciences de l’information et de la communication.
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